La revue

des tentatives

La sublimation

Numéro #0

 

Sommaire #0

Qui alimente le feu ?

C’est un chantier, et comme sur tous les chantiers, le brasero est le lieu convoité, celui où l’on se réchauffe et où l’on échange, à bâtons rompus la paume des mains dirigés vers l’autre, sous prétexte de se les réchauffer au foyer.

On pourrait faire un paralèlle avec le cinéma en le soustitrant “Revue d’art et d’essais” pour génériser le propos, mais nous ne sommes pas assez sérieux pour l’assumer. Modes de vie, modes de réflexions, modes d’expressions, quoi d’autres que des mots ou des images pour en parler tranquillement ou nerveusement, au fil des pages d’une revue sensible, avec du lourd, mais aussi avec du léger ?

Piochez. Ne commencez pas la lecture par cet édito... 

 

Vous êtes légèrement rebelle, on vous aime bien.

Xavier Péron est typographe,

designer graphique

et directeur artistique presse.

Il est le fondateur de Django,

Creative Studio à Paris.

sans passer par l’état liquide. Par conséquent, cette transformation se fait sans passer par une étape de fusion, ni par  une étape de vaporisation.

Mais Freud définit la sublimation pour la première fois en 1905 dans Trois essais sur la théorie sexuelle pour rendre compte d’un type particulier d’activité humaine (la création littéraire, artistique et intellectuelle) sans rapport apparent avec la sexualité mais tirant sa force de la pulsion sexuelle en tant qu’elle se déplace vers un but non sexuel en investissant des objets socialement valorisés.

Autrement dit, il s’agit du processus de transformation de l’énergie sexuelle (libido) en la faisant dériver vers d’autres domaines, notamment les activités artistiques.

C’est donc sans passer par l’état liquide, fuyant et abandonnant, que nous tentons ici de passer à l’état gazeux, libre et envoûtant, comme par magie. Si nous devons transformer les énergies, ce n’est qu’humblement sur du papier. Des œuvres foliotées, des mots typographiés, un essai dans la blancheur des pages qui se tournent, un gravier dans la flaque d’eau.

Edito

Sonam

Par Anne-Elvire Bucciuni*

Ce prénom résonne comme une inconnue ce soir. Où es tu ? Es-tu blessé ? As-tu pleuré ? Je suis sûre que tu t’en es sorti. Non, il ne t’es rien arrivé. Tu as 20 ans. Tu es jeune, on ne peut pas mourir si jeune. Non, pas toi. Je suis sûre que tu as survécu 

au temblement de la terre. Tu n’as jamais répondu à mes messages, mais tu vas
le faire bientôt. Tu es le meilleur, oui,
le meilleur des guides que je n’ai jamais eu. Pour toujours.

* Anne-Elvire Bucciuni, parisienne de 35 ans, un jour, s'est levée de son siège de bureau, a fait son sac et a bifurquer
vers le monde. Entier. Sonam est un fragment de l'humanité qu'elle
y rencontre.

Galerie des images

Tes 20 ans, on les fêtait ensemble, au quatrième jour du trek. Je t’achetais un bracelet en os de yak à un vendeur tibétain le long du chemin. Tu l’accrochait aussitôt à ton poignet pour ne plus jamais l’enlever. C’était une belle journée, le ciel était si bleu. La vue était magnifique. Je regardais l’Annapurna II, fascinée. La neige au sommet semblait tournoyer dans les airs. Le vent devait souffler là haut. Mais pas de là où nous étions, autour de 3000 mètres. Bien bas par rapport à ces montagnes hautes de 7000 et 8000 mètres qui nous dominaient. Elles s’imposaient comme les maîtresses du lieu. J’aurais presque pu me mettre à genou devant elles. 

Le ciel était bleu, le soleil nous réchauffait, on ne pouvait pas imaginer un seul instant que l’enfer était parfois capable de débarquer dans ces lieux. Pendant tout le trek, le ciel était incroyablement clair. Pas une goutte de pluie, pas un flocon de neige. Un temps parfait. Comme si la montagne se reposait. Comme si elle avait décidé de nous épargner. Comme si elle avait décidé de cacher sa face la plus obscure. Mettre à terre les prochains innocents au moment le plus inattendu. Chaque jour, je me demandais si ces dominatrices allaient avoir raison de nous. Chaque soir, j’avais l’impression d’avoir eu un sursis de chance.

Cela n’avait pas été le cas, dans cette même région, un mois plus tôt, pour une quarantaine de trekkeurs, guides et porteurs qui succombaient aux fureurs de la montagne. A cette période là, j’étais tranquillement en excursion dans le nord du Sikkim, cette partie indienne de l’Himalaya, coincée entre le Népal et le Tibet, proche du Buthan. Le cyclone Hudhud frappait la côte est de l’Inde provoquant des tempêtes jusque dans l’Himalaya. Alors que de mon côté, la neige magnifiait la montagne et le froid rendait le roadtrip encore plus palpitant, les contreforts des Annapurnas, quant à eux, engloutissaient sans pitié des dizaines de vies. 

Au neuvième jour du trek, nous étions à 4 500 mètres. A gauche du chemin, une neige dentelée sur le flanc de la montagne. Tu me montrais la neige en me disant dit qu’il devait y avoir encore des corps dessous. Je m’arrêtais un instant. Quelle étrange sensation. J’essayais d’imaginer, avec effroi,  le calvaire de ces trekkeurs, je me demandais ce qu’ils avaient pu ressentir, si certains étaient encore conscients après avoir été emportés par l’avalanche. A quel moment il fallait perdre espoir d’être secourus. J’imaginais la douleur des familles. D’un côté, les familles occidentales qui pleuraient un enfant ou un ami, parti faire un voyage initiatique et qui finissait sa vie tragiquement, loin des siens, à l’autre bout du monde. De l’autre côté, les familles népalaise qui non seulement perdaient un proche mais aussi la seule ressource financière de la famille. Chaque jour un événement nous faisait penser à eux. Un hélicoptère dans le ciel, le lieu d’une l’avalanche, un témoin des intempéries, le dernier endroit où ils ont logé, les derniers mètres qu’ils empruntaient.

  

Dixième jour du trek. Le jour J, tant attendu et tant redouté : le passage du col à 5416 mètres, mon record d’altitude. 

4h15 du matin. Après avoir dormi quelques heures, au high camp, à 4860 mètres, tu frappais à ma porte et me passais une doudoune. Tu insistais pour que je la mette. Dehors le thermomètre affichait -15° C. Après avoir bu un thé, rempli ma gourde d’eau bouillante, nous démarrions l’ascension à la frontale. Le chemin était verglacé, glissant. Un pas de travers et c’était la chute dans le ravin. Heureusement il faisait nuit. Le danger semblait invisible. J’avançais lentement, essouflée. Angoissée. Je me concentrais sur chaque pas que je rythmais d’une respiration haletante. Pas le temps d’observer le ciel étoilé. Une fois seulement, je me retournais et apercevais derrière moi toutes les lumières des lampes frontales en file indienne. C’était joli, poétique, presque surnaturel. La photo aurait été belle. A aucun moment je ne sortais mon appareil photo. L’effort m’interdisait toute distraction. Premier et unique arrêt. Un tee shop. Mon eau bouillante avait gelé, je buvais rapidement un thé brûlant tout en frappant mes pieds entre eux pour les réchauffer. Deux minutes plus tard, nous repartions. J’avançais de plus en plus lentement. Je manquais d’air. Tu essayais de m’encourager, de me dire que l’importance c’est d’arriver en haut, que la vitesse ne comptait pas, que j’étais forte. Cela n’y changeais rien. Grâce à mes précédents voyages en haute montagne, je savais que l’altitude déclenchait chez moi un état mélancolique. Il fallait juste le gérer et lutter encore plus. Je connaissais ce moment où mon corps et mon esprit se mettaient à douter, de tout. De ma ma présence dans cette montagne, de ma vie, de mon existence sur terre. J’étais préparée à encaisser et à me dégager de ce rouleau compresseur qu’était l’altitude. Je me laissais emporter jusqu’au fond pour y rebondir. Le sursaut. Ce moment où mes pensées sombres se débattaient avec mon désir de vivre coute que coute. Alors, dans un dernier effort, je rassemblais absolument toutes mes forces. J’unissais mon corps et mon esprit, comme une guerrière sur un champ de bataille. J’avançais, quel qu’en était le prix. Pas question d’abandonner. Chaque pas de plus devait être vécu comme une victoire. Je plantais mes batons, en rythme et avec détermination. J’éradiquais les pensées négatives. Je me répétais sans plus jamais m’arrêter « you can do it, never give up, I will do it, I will do it, I will do it...» La peur disparaissait. Plus rien n’avait d’importance, glisser dans le ravin ne m’angoissait plus. Perdre un doigt de pieds, tant pis. Je continuais encore et encore, sans plus rien lâcher. Et enfin, venait ce moment tant attendu, j’apercevais les drapeaux, le sommet. Plus que 40 minutes. Pendant ce temps Sonam, tu étais présent physiquement mais comme invisible pour moi. Tu me voyais me débattre, me battre, m’encourageait. Tu avais même disparu quelques minutes, le temps de courir au sommet, déposer ton sac, redescendre pour porter mon sac.  En temps ordinaire, j’aurais refusé. Mais là, j’avais juste la force de murmurer merci. Cette fois ci, le sommet était très proche. J’y étais presque. Plus que quelques mètres. J’arrivais enfin. Je ne souriais pas. Je ne sautais pas de joie. J’éclatais en sanglots. On se félicitait. D’autres trekkeurs croisés plusieurs jours plus tôt venaient me serrer dans leurs bras. Nous échangions des larmes. Chacun racontant ses moments difficiles, et cette délivrance d’avoir atteint le sommet. Certains m’avouaient qu’ils avaient pensé tout abandonner, d’autres me confiaient qu’ils avaient eu des hallucinations. Pendant l’ascension,chacun se disait, plus jamais, non plus jamais ça. Et pourtant, on oublie, car la victoire est plus belle que la souffrance. J’y retournerai, ce sera dur, mais je reviendrai. Et cette fois, j’irai encore plus haut. Et Sonam, tu seras mon guide, mon soutien et mon ami. Tu seras là. 

6 mois plus tard, un terrible tremblement de terre avait lieu au Népal, rayant de la carte le village où Sonam je t’avais croisé pour la première fois et où tu étais venu en aide à mon amie malade. C’était ce jour là que j’avais décidé que tu serais mon guide pour le tour des Annapurnas. 

J’essayais plusieurs fois de te joindre par téléphone. Par mail.  Mes tentatives sont restés sans réponse jusqu’à aujourd’hui. Mais je reviendrai bientôt. Je partirai à ta recherche et, ensemble, nous gravirons à nouveau les sommets. Parce que tu es en vie. Je n’en ai aucun doute. 

Par Xavier Péron*

photos : A.D.

Les âmes tachées

* Graphiste typographe, Xavier Péron depuis tout jeune dessine les lettres. Chanceux d'avoir fait des rencontres
fondatrices (Sylvia Pollock, Vincent Léry) pour la passion qu'il a du mot encré, il ne cesse de désapprendre par réflexe pour retrouver la naïveté et l'humilité nécessaires devant la langue et la force des mots.

Vouloir se faire rencontrer les mots et les images sans les anéantir est toujours délicat, les designers graphiques le savent bien. Comme il aime le péril pour mieux refaire de l’ordre, Xavier Péron tente l'exercice de se faire cogner des signes peints et des visages photographiés juste pour voir si vous lisez.

Monsieur Fabien est un homme qui aime les Hommes, surtout quand ce sont des femmes. Directeur artistique pour vivre, il dessine pour exister. Il dessine des sans-culottes, des seins pas très catholiques, des filles à poil(s) et des gens qui s’aiment. Parce que c’est ça, son grand dessein, à Monsieur Fabien : l’amour.

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Work in progress...

Conception/design/réalisation :

Django

Contributeurs :

Anne-Elvire Buciuni • Fabien Alencar • Vanessa Postec • Vinsz • La Karotte • Xavier Péron • 
Polo Chattou

La revue

des tentatives

Numéro #0

Remerciements

La revue brasero est un projet artistique autofinancé. c’est pourquoi la page des remerciements prend une plus grande importance encore. car c’est grâce à tous les talents présents ici que ce projet peut exister. brasero n’a d'autres ambitions que d’exposer des points de vue, poser des questions, donner très peu de réponses, promouvoir, montrer, réagir, s’amuser aussi. xxxooo xxoxoox ooxxx oxooxoo xoo xoo